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Pour répondre rapidement à vos principales questions

Si le coeur vous en dit, lire « 140 contrevérités et diffamations à propos de Wikileaks et Julian Assange couramment relayées par la presse  » publié par Wikileaks en 2019
"Ces deux femmes n'ont jamais souhaité porter plainte. D'une absence de plainte, on évolue vers une procédure pénale hyper médiatisée qui sera refermée de manière tout aussi surprenante et inexplicable qu'elle avait été ouverte." - Maître Antoine Vey, interview à la Tribune, 9 juin 2024

Commençons par la fin : Julian Assange n’a jamais été accusé de viol par deux femmes en Suède. Si vous avez l’impression d’avoir lu dans la presse cette accusation répétée en boucle pendant des années, nous vous invitons à contacter vos médias préférés pour leur demander s’ils ont « fact-checké » quoi que ce soit.

Oui, mais, « il n’y a pas de fumée sans feu ». Exact. Mais le problème est qu’il n’y a jamais eu de fumée...

Alors pourquoi s’est-il enfui de la Suède ? Il ne s’est jamais enfui. Au contraire, il a été autorisé de partir par la justice suédoise.

Si la justice suédoise est mentionnée, c’est qu’il y a bien eu une affaire ? Oui, suite à une accusation publiée à la « Une » d'un tabloïd suédois. Une enquête fut menée et close très rapidement car (voir plus haut) personne n’avait accusé Julian Assange de viol. Soulignons au passage que les dépositions recueillies lors de l’enquête montrent que la version des faits racontée par Julian Assange et celles des deux femmes concordent.

Pourtant, un mandat d’arrêt a bien été lancé contre lui par la justice suédoise ? Oui. Il avait à peine quitté la Suède, avec l’autorisation de la justice suédoise, qu’un mandat d’arrêt fut lancé contre lui, assorti d’une « alerte rouge » Interpol, habituellement réservée aux criminels les plus dangereux.

Il y avait donc bien un motif pour son arrestation ? Non, car voici qu’entre en scène une procureure suédoise qui jouera un rôle extrêmement trouble et central dans toute cette affaire : Marianne Ny. Dans un premier temps, Marianne Ny tentera, sans succès, de faire inculper en bonne et due forme Julian Assange. Mais, comme indiqué plus haut, l’enquête avait déjà eu lieu et l’affaire fut classée, faute de victime. D’ailleurs, Marianne Ny se verra refuser par un tribunal suédois une demande d’extradition de Julian Assange (qui se trouvait en Grande-Bretagne) pour les raisons mentionnées plus haut : pas de victime, pas d’élément nouveau, affaire classée.

Et c’est ici que l’affaire prend une tournure kafkaïenne.

Marianne Ny lancera une « enquête préliminaire » pour, selon elle, déterminer s’il y a bien eu viol ou violence sexuelle.

Dans une enquête préliminaire, par définition, il n’y a ni accusé, ni accusateur.

Marianne Ny s’appuiera sur une particularité de la loi suédoise qui définit trois niveaux de « viol », dont une est qualifiée de « viol mineur » (en anglais, « minor rape », à défaut d’une meilleure traduction). C’est le cas, par exemple, d’un rapport sexuel consenti mais non protégé, qui peut être qualifié a posteriori de viol mineur. Pour Marianne Ny, cela pourrait être le cas, mais un peu à l’insu du plein gré des supposées victimes. (*)

Elle effectuera une manœuvre tout à fait inhabituelle, pour ne pas dire incongrue, en émettant – dans le cadre d’une enquête préliminaire (où personne n’est formellement accusé de quoi que ce soit) - un mandat d’arrêt international contre Julian Assange pour « l’interroger ». Elle refusera de l’interroger par écrit, par téléphone ou par vidéo-conférence. Elle veut qu’on lui ramène physiquement le non-accusé en Suède, juste pour lui « poser des questions ». Lesquelles, puisqu’il n’y a pas d’élément nouveau ? Elle refusera de répondre à cette question et se contentera d’insister sur sa présence physique en Suède.

Julian Assange sait, grâce à des fuites, que les États-Unis lui préparent en coulisses un sale coup, même si ces derniers n’ont encore à ce stade engagé aucune action officielle contre lui. Il acceptera de retourner en Suède à condition que la Suède lui garantisse qu’il ne sera pas remis aux autorités US. La Suède refuse.

Résumé de la situation : une enquête pour viol a eu lieu et s’est conclue par un non-lieu. Mieux, la procureure principale de Stockholm dira qu’il n’y a pas eu viol. Affaire classée. Marianne Ny, tentera de rouvrir l’affaire, sans succès. Elle lancera alors une enquête préliminaire assortie d’un mandat d’arrêt international. Pire encore, Marianne Ny, comme « motif » du mandat d’arrêt, fera semblant de citer les dépositions des femmes mais en déformant les propos pour « aggraver » les faits. Une sorte de faux en écriture…

Trois anomalies sont à relever ici : 1) une procureure (et non un juge) lance un mandat d’arrêt ; 2) ce mandat d’arrêt est lancé dans le cadre d’une enquête préliminaire, en l’absence donc de toute accusation formelle ; 3) La procureure mentira sur les motifs du mandat d’arrêt. (**)

Ne serait-ce que pour ce vice de forme évident, cette affaire aurait dû s’effondrer. C’était sans compter sur la Grande-Bretagne. En effet et contre toute logique juridique, la Grande-Bretagne arrêtera Julian Assange dans le cadre de ce mandat d’arrêt tout à fait irrégulier et juridiquement invalide. Julian Assange contestera, non sans raisons, la légalité de son arrestation devant les tribunaux britanniques. Contre toute attente, la Haute Cour britannique confirmera en appel que le mandat d’arrêt était « valide » tout en reconnaissant que Marianne Ny avait été « inventive » sur le motif de ce dernier et que celui-ci fut émis dans un contexte tout à fait irrégulier.

Ceci est tellement vrai que, peu après, la loi britannique fut modifiée afin qu’un tel cas ne se reproduise plus. La modification fut assortie d’une clause de « non-rétroactivité », c’est-à-dire que la modification ne pouvait bénéficier qu’aux affaires à venir et non aux affaires passées ou en cours. Cette clause est d’ailleurs connue dans le métier sous le nom de « clause Julian Assange ».

Autrement dit, peu après la « validation » par la justice britannique d’un mandat d’arrêt incongru contre Julian Assange, ce type de mandat d’arrêt fut déclaré « invalide » par la justice britannique elle-même, mais uniquement pour les affaires futures.

Julian Assange, comprenant la machination contre lui, violera les conditions de sa résidence surveillée et se rendra à l’ambassade d’Équateur à Londres et demandera l’asile politique, qui lui sera accordé. La police britannique encerclera l’ambassade 24/24h, jusqu’à son arrestation et enlèvement de l’ambassade en avril 2019.

Alors que la durée normale d’une enquête préliminaire en Suède est de quelques semaines, Marianne Ny maintiendra la sienne ouverte pendant sept ans. Elle la retirera lorsque les États-Unis entreront finalement en scène pour demander l’extradition de Julian Assange, cédant ainsi la place aux véritables acteurs de cette farce judiciaire.

La journaliste d’investigation italienne Stefania Maurizi obtiendra, après moult bagarres juridiques, quelques courriels échangés entre Marianne Ny et les procureurs britanniques qui révèlent leur complicité et la volonté de « faire traîner au maximum » cette affaire.

En résumé : Marianne Ny a rabattu le gibier « Assange » dans les filets de la Grande-Bretagne qui s’est empressée de le ficeler pour le livrer aux États-Unis.

(*) Une des supposées "accusatrices" qui hébergeait Julian Assange chez elle l'a gardé chez elle (malgré les offres de ses amis d'accueillir Assange chez eux) pendant une semaine APRES la date supposée du "viol". Elle organisera même pour son départ une fête. L'autre femme contestera virulemment les accusations portées contre Assange en écrivant à des amis "La police veut coincer Julian Assange. Elle tente de me faire dire ce que je n'ai jamais dit".  Vous pouvez lire les dépositions ici : https://liberonsassange.fr/julian-assange-l-affaire-suedoise-depositions-et-temoignages-a-la-police-nordic-news-network/

(**) Voir : Déconstruction d’un mensonge médiatique : la Suède et Julian Assange

Pour terminer :


Lesquelles ?

Encore une accusation qui tourne en boucle et dans le vide. Le fait est que les États-Unis n’ont jamais pu produire un seul exemple de vie mise en danger par les publications de WikiLeaks.

On notera au passage l’ironie de voir une administration responsable de la mort de millions d’innocents se préoccuper de la « mise en danger » de vies.

En réalité, Julian Assange et WikiLeaks ont tout fait pour éviter de mettre des vies en danger. Leur objectif a toujours été de dénoncer un système et non de pointer du doigt des individus.

La chronologie ne ment pas. On trouve, par exemple, un article de Julian Assange publié dans le quotidien australien Sydney Morning Herald dès octobre 2011 où Julian réagit contre déontologie des partenaires de l’époque - The Guardian, Le Monde, El Pais, New York Times, etc.

Au procès de Julian Assange, un journaliste de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel témoignera que Julian passait des nuits blanches à scruter les documents avant leur publication par les grands médias partenaires pour éliminer les informations qui pouvaient mettre des individus en danger. Il écrira, par exemple, un programme qui cache automatiquement les mots absents du dictionnaire anglais, en présumant qu’il s’agit principalement de noms propres arabes.

A la suite d’une diffusion sur Internet d’archives complètes et non-expurgées par un ex-salarié de Wikileaks (Daniel Domscheit-Berg), Julian Assange fera tout pour tenter de limiter les dégâts potentiels en informant le Département d’État des Etats-Unis du danger, au cours d’une longue conversation téléphonique qu’on peut écouter ici https://www.youtube.com/watch?v=zItnAUyAflY.

Le mot de passe pour ouvrir ces archives sera révélé (« involontairement », diront les auteurs) par deux journalistes du Guardian dans un livre publié dont le titre d’un chapitre sera… le mot de passe qui leur avait été confié par Julian Assange. Certains feront rapidement le lien entre ce gros fichier mystérieux indéchiffrable qui traînait dans certains recoins de l’Internet et ce mot de passe publié dans un livre écrit par deux journalistes « partenaires » de WikiLeaks. Le fichier sera déchiffré et l’intégralité des documents, non expurgés, sera publiée sur cryptome.com, un site plus ou moins concurrent à WikiLeaks. Le fondateur du site, John Young, témoignera au procès de Julian Assange que c’est bien son site qui a publié les documents dans leur intégralité. Ce site est hébergé aux États-Unis et n’a jamais fait l’objet de poursuites. En 2022, John Young a demandé au Département de Justice US à être inculpé aux côtés de Julian Assange pour cette publication. Sans effet.

Ce n’est qu’après la publication par Cryptome de ces documents, dans leur intégralité et non expurgés, que Julian Assange prend la décision de les publier à son tour sur le site de WikiLeaks. Pourquoi ? Le site Cryptome n’était pas très connu du grand public. Les documents révélaient tous les noms. Comment prévenir les concernés que leurs noms circulaient dans les milieux « initiés » ? La seule solution, selon Julian Assange, était de les publier sur WikiLeaks qui était très connu à l’époque en espérant ainsi alerter les concernés.

Et c’est ainsi qu’est née une autre légende urbaine autour de WikiLeaks et Julian Assange.

En complément, voir l'article de Off-investigation du 4 juillet 2024 Julian Assange calomnié sur France 5

Facile à dire, mais impossible à prouver.

La publication par WikiLeaks en 2016 des courriels de Hillary Clinton, ex-Secrétaire d’État et candidate aux élections présidentielles contre Donald Trump et de John Podesta, ancien directeur de campagne de Hillary Clinton, sera à l’origine d’une autre légende urbaine souvent colportée par les journalistes et reprochée à Julian Assange. Il aurait fait perdre Hillary Clinton (ou fait gagner Donald Trump).

Il convient de rappeler que Mme Clinton traînait déjà de sérieuses casseroles pendant la campagne. L’affaire de Benghazi, une enquête du FBI sur elle, la destruction des disques durs de son serveur privé réclamés par le FBI, l’élimination de Bernie Sanders de la nomination à la candidature du Parti Démocrate, contre la volonté de la majorité des membres du parti (alors qu’il était donné gagnant, lui, contre Trump dans tous les sondages).

Qu’a-t-on appris de ces courriers ?

Que Hillary Clinton a fait jouer toutes ses influences pour que Donald Trump soit le candidat du Parti Républicain… Elle pensait le battre facilement.

Qu’elle a fait écarter Bernie Sanders, contre la volonté de la majorité du parti.

Qu’elle se faisait payer des centaines de milliers de dollars par la banque Goldman Sachs pour des « conférences ». Qu’elle rassurait les milieux financiers sur ses véritables intentions et que son discours à destination de l’électorat ne devait pas être pris au sérieux.

Au final, Clinton a en réalité gagné en nombre total de voix mais perdu à cause de leur répartition par Etat. Mais il fallait trouver un coupable et le coupable était tout désigné : Julian Assange et Wikileaks, sur qui elle avait déjà demandé si on ne pouvait pas leur envoyer un drone. En plein « russiagate » (l’accusation selon laquelle Trump était sous influence russe), il ne lui a pas fallu beaucoup d’imagination pour inclure WikiLeaks dans le complot russe.

Alors, est-ce que WikiLeaks a fait perdre Hillary Clinton ? Probablement pas, mais même si…

Il est intéressant de s’attarder sur cette accusation. Elle est souvent avancée par des journalistes professionnels pour justifier leur absence de solidarité avec Julian Assange. Mais ce reproche en dit plus sur ceux qui le formulent que sur Julian Assange. D’abord, il montre qu’ils ont un parti pris extrême dans le résultat des élections aux Etats-Unis, au point d’abandonner un des leurs qui se serait rendu « coupable » de faire perdre leur candidat. Ce qui montre que s’il avait fait gagner Clinton, il serait devenu leur héros. Ce qui montre qu’ils ne sont aucunement contre le principe d’ingérence dans les élections, pourvu que le résultat leur convienne. Et s’ils ne sont pas contre, c’est qu’ils sont tout à fait capables de le faire eux-mêmes… En réalité, cette accusation est un aveu.

Pour avoir supposément fait perdre Clinton, une partie de la profession est tout à fait confortable avec l’idée qu’il mériterait 175 ans de prison dans une prison SuperMax américaine.

« C’est vrai qu’il faudrait le libérer, mais le fait qu’il soit un agent russe ne facilite pas les choses » (citation authentique, par un journaliste de l’AFP, croisé dans un café à Paris)

Faisons court. Allez sur le site http://www.wikileaks.org et faites des recherches sur « Putin », « Kremlin », « Russia ».
Mais aussi cette publication Spy Files Russia à retrouver dans nos chronologies.

Merci.

« Il ne respecte pas les codes du métier » - Luke Harding, journaliste du Guardian et ennemi juré de Julian Assange.

Julian Assange est le journaliste le plus primé des 20e et 21e siècles. Pas des prix de beauté ou des prix du meilleur boulanger, mais de prix de JOURNALISME. Environ 40 prix répertoriés, peut-être plus encore. Qui dit mieux ?

Il est membre du syndicat australien de journalistes depuis plus de 20 ans.

Il est membre honorifique de 18 syndicats de journalistes.

Il est défendu, entre autres, par la SNJ, la SNJ-CGT, par la Fédération Internationale de Journalistes, par RSF, par… la liste est longue.

Prix Journalistiques

Soupir !

Qualificatif souvent entendu, toujours contesté car Julian Assange est un JOURNALISTE.

Voir «  ».

Précision sémantique qui a son importance vis-à-vis de la juridiction étatsunienne.

Au fait, c’est quoi un document « classifié » ? Classifié par qui et au nom de quoi ? N’y aurait-il point une confusion entre document « classifié » et « secret défense » ?

Le caractère « classifié » des documents est souvent avancé comme un « facteur aggravant ». En réalité, la classification est un caractère administratif et n’a aucune valeur juridique intrinsèque. C’est juste une décision prise par un fonctionnaire quelconque qui a décidé que tel ou tel document ne devrait pas circuler à l’extérieur pour telle ou telle raison. Et cette raison est pratiquement toujours politique.

Cet argument sert à détourner l’attention du fait que ces documents « classifiés » révèlent, entre autres, des crimes. Il n’est pas étonnant en soi que des preuves de crimes soient classifiées par les criminels. Heureux les criminels qui vivent dans un monde où les preuves de leurs crimes sont « classifiées » et où la révélation de leurs crimes devient du coup… criminel.

Une enquête récente par un journaliste aux États-Unis a révélé que le nombre de documents qui se voyaient classifier était de 1,5 million… par jour.

WikiLeaks n’est pas une organisation secrète ou clandestine. WikiLeaks n’est pas Anonymous.

WikiLeaks est le nom d’un site géré par une maison d’édition (Sunshine Press) basée en Islande.

WikiLeaks ne vole pas, ne pirate pas, ne « hacke » pas. WikiLeaks offre une solution inédite (et toujours inégalée) pour protéger les lanceurs d’alerte.

Lesquelles ?

Julian Assange est un citoyen australien, qui a travaillé en Europe pour une maison d’édition (Sunshine Press) basée en Islande. Il n’a jamais été sous la juridiction des États-Unis.

Cette notion de juridiction, qui semble échapper à la plupart des commentateurs, est fondamentale. Les lois en vigueur en Arabie Saoudite ne concernent pas les femmes en France. Vous pouvez rouler à 200km/h sur une autoroute allemande et ne PAS prendre une amende à votre retour en France. A moins de violer le droit international, les lois applicables sont celles de la juridiction où vous vous trouvez.

Alors, de quoi se mêlent exactement les États-Unis ? Comment peuvent-ils prétendre que Julian Assange a violé leur « Espionage Act » de 1917 et en même temps affirmer qu’il n’est pas couvert et protégé par le 1er Amendement de la Constitution US ? Il y a aurait donc des lois US applicables aux étrangers à l’étranger et d’autres non ? Lesquelles ? Et comment ça marche ?

La réponse est « extraterritorialité ». Ce terme désigne le fait de prétendre imposer des lois domestiques à l’extérieur de sa propre juridiction. L’extraterritorialité n’est pas une notion juridique mais une notion purement politique. Il suffit de jongler un peu avec le concept pour découvrir toute son absurdité.

Est-ce qu’une femme française ayant pratiqué un avortement en France pourrait être poursuivie par un État des États-Unis qui vient d’interdire l’avortement ? Non, sauf si cet État décide que sa loi anti-avortement a un caractère extraterritorial, c’est-à-dire qu’elle s’applique aussi aux étrangers à l’étranger. Cet État pourrait donc, si l’envie lui en prenait, poursuivre cette Française (disons de passage et en vacances dans l’État en question) pour avoir violé une loi locale alors qu’elle se trouvait sous une autre juridiction. C’est le caractère extra-territorial de cette loi qui sera invoqué et appliqué.

Est-ce que ce même État pourrait aller plus loin et carrément poursuivre cette femme devant un tribunal français ? Non, car une loi états-unienne ne s’applique pas en France.

Mais imaginons un scénario où la France déciderait que certaines lois locales US s’appliqueraient aussi en France, envers les Français. Cauchemar garanti.

Bienvenue dans l’affaire Assange.

Les États-Unis ont donc décidé (un beau jour) qu’une vieille loi de 1917 s’appliquait à un journaliste étranger, vivant et travaillant à l’étranger. Ils demandent donc au pays où le journaliste se trouve de passage, la Grande-Bretagne, de l’extrader vers les États-Unis. Et la Grande-Bretagne accepte de jouer le jeu, comme si Julian Assange avait effectivement violé une loi des États-Unis, où il n’a jamais mis les pieds.

Sous un mince vernis « juridico-légal », les États-Unis, avec la complicité ouverte de la Grande-Bretagne, sont en réalité en train d’enlever un journaliste vivant et travaillant à l’étranger. Il s’agit plus d’un kidnapping, mais avec des formes, que d’une extradition.

Le deuxième aspect de cette affaire concerne les faits qui sont reprochés à Julian Assange. Quels « crimes » à caractère extraterritoriaux aurait-il commis ?

Les États-Unis ne pouvaient raisonnablement pas lui reprocher d’avoir publié des documents (classifiés ou non) qui ont été publiés par la presse états-unienne elle-même. Il a fallu donc chercher un angle d’attaque qui soit spécifique à WikiLeaks tout en épargnant la presse US. Pour la première fois, le gouvernement des États-Unis accusera un journaliste/éditeur d’espionnage.

Notons au passage que cette activité « d’espionnage » consistait à publier sur un site public. Si Julian Assange pratiquait l’espionnage, c’était au profit du grand public. Et l’ennemi (non déclaré) à qui aurait profité cet espionnage serait donc le public.

En réalité, derrière la terminologie d’espionnage, il conviendrait d’examiner de près les faits reprochés, tels qu’ils sont présentés dans les actes d’accusation. Ce sont les journalistes d’investigation qui ont lu les actes d’accusation qui le disent : « les faits reprochés à Julian Assange ne sont rien d’autre que la description d’une de nos journées de travail. Il n’y a rien là dedans qui sorte du travail ordinaire d’un journaliste d’investigation ».

En résumé : Julian Assange n’a violé aucune loi d’une juridiction dont il dépendait. Nous assistons dans cette affaire à la criminalisation du journalisme d’investigation assorti d’un caractère extraterritorial de cette criminalisation.

Peu avant son « extraction » de l’ambassade d’Équateur, le nouveau Président en exercice de l’Équateur, Lenin Moreno, donnera une conférence de presse où toutes sortes d’accusations fuseront contre Assange. Notamment et l’inoubliable, que Julian Assange serait devenu tellement incontrôlable qu’il étalerait ses excréments sur les murs de l’ambassade.

En parallèle, alors que l’enlèvement du journaliste le plus primé de 21e siècle se prépare, les journalistes du Guardian commenteront ses chaussettes. Où est la surprise ? Lorsque des nains parlent d’un géant, c’est généralement de ses chevilles qu’ils parlent.

Encore la grande presse dans ses œuvres. A notre connaissance, le chat n’a jamais porté plainte et refuse toutes les demandes d’interview.

Être poursuivi par une équipe constituée de 120 agents issus des 12 services de renseignement des États-Unis, se voir abandonner en rase campagne par les médias partenaires qui ont largement profité des publications de WikiLeaks, risquer sa vie pour notre droit de savoir, vivre enfermé dans quelques mètres carrés sans voir la lumière du soleil pendant des années, peut effectivement avoir des effets sur le psychisme.

Mais malgré tout cela, Julian Assange n’a jamais menti, n’a jamais trahi, n’a jamais baissé les bras.

Contrairement à ses « partenaires ». C’est quoi leur excuse, à eux ?