Vendredi 14 février, le rédacteur en chef du site d'information Consortium News, Joe Lauria, s'est rendu à Sydney pour organiser un événement 'Politics in the Pub' : Whistleblowing, Wikileaks and the Future of Democracy [Lanceurs d'alerte, Wikileaks et l'avenir de la démocratie]. L'événement a eu lieu en prévision des prochains rassemblements pour libérer Assange, à Sydney ce dimanche 3 mars et à Melbourne le dimanche 10 mars.
Le journaliste et cinéaste de renom John Pilger prendra la parole au rassemblement de Sydney, dans l'amphithéâtre de Martin Place, à partir de 14 heures. Le journaliste Chris Hedges, lauréat du prix Pulitzer, a soutenu les manifestations en déclarant : 'J'implore tous ceux qui le peuvent d'assister aux rassemblements. Il est impératif que nous fassions pression sur le gouvernement australien pour que son citoyen, Julian Assange, soit protégé du non-droit de l'Empire américain.'
En inaugurant la soirée Politics in the Pub, Lauria a décrit la lutte pour la défense de Julian Asssange comme un 'cas historique de liberté de la presse. C'est pour cela que je me suis engagé davantage'.
Lauria organise des veillées hebdomadaires en ligne Unity4J en soutien à Julian Assange depuis décembre de l'année dernière, prenant la relève de Suzie Dawson, dans le cadre de la plateforme Unity4J. Parmi les invités, citons Daniel Elsberg, dénonciateur au Pentagone, John Kiriakou, Chris Hedges, John Pilger et bien d'autres.
La carrière journalistique de Joe Lauria est passée par les médias grand public et aussi indépendants, y compris en tant que correspondant de l'ONU pendant 25 ans, où il a couvert toutes les grandes crises mondiales qui ont traversé l'ONU. Au cours de sa carrière, Lauria a fait l'expérience directe de la répression contre les journalistes et comment les récits officiels étaient imposés, notamment avant la guerre en Irak. Il est donc particulièrement bien placé pour animer des discussions sur l'importance de Wikileaks et de Julian Assange.
Après avoir été nommé rédacteur en chef de Consortium News en avril 2018, lors d'un service commémoratif pour le regretté Robert Parry, fondateur du site Web et journaliste d'investigation chevronné, Lauria a expliqué comment il en est venu à écrire pour le site d'information indépendant de Parry en 2011.
Il a dit : « Si vous regardez les différentes conférences de Bob disponibles sur YouTube, vous verrez qu'on lui a souvent demandé pourquoi il avait créé Consortium News. Bob dit qu'il en a eu assez de la résistance qu'il rencontrait de la part de rédacteurs en chef qui refusaient ses articles, souvent d'une grande importance nationale. »
« Un rédacteur en chef de Newsweek lui a dit qu'ils supprimaient un article pour 'le bien du pays'. Les faits qu'il avait déterrés étaient allés trop loin en exposant le côté obscur de la puissance américaine. Son rédacteur en chef, bien sûr, voulait dire pour le bien des dirigeants du pays, et non de la population en général. »
« Comme John Pilger vient de le dire, Bob a créé un consortium pour les journalistes qui se heurtent à une obstruction similaire de la part de leurs rédacteurs en chef : un endroit pour publier ce qu'ils ne pouvent pas publier dans la presse dominante. »
Soit dit en passant, Chris Graham est devenu rédacteur en chef de New Matilda pour des raisons similaires : créer une plate-forme pour des articles sur les affaires Aborigènes qu'il ne pouvait pas publier dans les médias grand public.
Lauria a poursuivi en décrivant certains des actes spécifiques de censure qu'il avait lui-même vécus au cours de sa carrière. Il s'agit notamment d'avoir été licencié après avoir rendu compte de la dissidence au sein de l'ONU avant la guerre en Irak, du silence fait autour des 130 nations de l'ONU qui avaient reconnu la Palestine lors d'un vote sur le statut de la Palestine et de la censure d'un article 'sur un document déclassifié de la Defense Intelligence Agency (DIA) qui prévoyait dès 2012 la montée de Daech, et qui fut ignoré à Washington. Il disait que les États-Unis et leurs alliés en Europe, en Turquie et dans le Golfe soutenaient une principauté salafiste dans l'est de la Syrie qui pourrait se transformer en un État islamique'.
Censuré. Pour le bien du pays.
'L'omission de telles informations jour après jour dans les journaux et à la télévision, dit Lauria, au fil des décennies... donne au peuple américain une vision déformée de son pays, un sens presque caricatural de la prétendue moralité de l'Amérique dans les affaires internationales'.
Sur l'importance de Wikileaks dans un tel paysage médiatique, lors d'une interview avec Chris Hedges, qui a également perdu son emploi principal après avoir critiqué la guerre en Irak, Lauria a dit : 'Nous avons vu au fil des ans... le déclin du journalisme américain... cette acceptation des positions et déclarations officielles, et le fait de simplement les relayer sans poser de questions'.

Hedges, ancien correspondant à l'étranger et chef du bureau du New York Times pour le Moyen-Orient, a ajouté lors d'une veillée en ligne pour Assange : « J'ai encore des collègues là-bas [au New York Times], qui sont très francs sur le fait que le journalisme d'investigation sur le fonctionnement interne du pouvoir a été complètement stoppé, grâce à une surveillance généralisée. Les représentants du gouvernement, parce qu'ils savent qu'ils sont surveillés, les journalistes, parce qu'ils savent qu'ils sont surveillés, ne peuvent plus faire la lumière sur les rouages internes du pouvoir. »
« Le seul mécanisme qui nous permet de comprendre les crimes commis par les puissants, par les élites, ce sont les fuites... Ôtez ce mécanisme et c'est la tyrannie et la corruption qui sévit. »
Ce que vous ne savez pas peut vous faire du mal.
Quand Lauria a repris les vigiles d'Unity4J pour Assange en décembre de l'année dernière, c'était une période mouvementée dans la lutte pour défendre Julian Assange.
Alors que 2018 touchait à sa fin, on craignait que l'extradition d'Assange vers les États-Unis ne soit imminente. Des protocoles de plus en plus stricts lui avaient été imposés à l'ambassade équatorienne, peut-être pour créer des prétextes à son expulsion. l'Ambassadeur et le ministre des affaires étrangères équatoriens avaient conseillé à Assange de quitter l'ambassade et de se rendre aux autorités britanniques, et six élus Démocrates avaient écrit une lettre au secrétaire d'État Mike Pompeo, lui recommandant d'inviter l'Equateur à 'résoudre' le 'problème' Julian Assange.
Si les efforts visant à expulser M. Assange de l'ambassade aboutissent, il sera probablement extradé vers les États-Unis pour faire face à des accusations pour ses activités d'éditeur.
Cette perspective a incité le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire et 33 parlementaires de l'UE à faire des déclarations très fermes aux gouvernements britannique et équatorien en décembre de l'année dernière, mettant en garde contre le fait de faciliter des poursuites contre un journaliste, rédacteur en chef et éditeur, pour 'avoir publié la vérité'. Ces déclarations exigeaient la ' libération immédiate d'Assange, ainsi que son passage en toute sécurité vers un pays sûr ', et rappelaient au Royaume-Uni ses obligations légales ' obligatoires ' de garantir la liberté d'Assange.
Cependant, au début de l'année nous avons appris que le Fonds Monétaire International (FMI) avait offert à l'Équateur un plan de sauvetage de 10 milliards de dollars en échange de la remise de Julian Assange aux États-Unis. Cette prime s'ajoutait aux pressions et aux incitations américaines antérieures, dont l'augmentation des exportations de pétrole, la coopération militaire et 1,1 milliard de dollars supplémentaires en prêts du FMI, le représentant US du FMI ayant demandé à l'Équateur de 'résoudre' ses relations avec Julian Assange afin de recevoir l'argent du FMI.
L'avocat australien Greg Barns l'a appelé le chantage exercé sur une nation. Le site d'information 21st Century Wire l'a qualifié de 'l'une des plus grandes affaires de corruption (ou d'extorsion) internationale de l'histoire'.
Les médias grand public ont dit que ce n'était pas grand-chose. Tout comme les faits qui auraient pu gêner le déclenchement de la guerre contre l'Irak, des détails tels qu'une prime de 10 milliards de dollars du FMI sur la tête de Julian Assange ont été occultées aux opinions publiques occidentales, et omis du récit général sur Wikileaks et Julian Assange.
En fait, dès le début, le récit officiel sur Assange et Wikileaks a été bâti autant sur des omissions que des diffamations.
Au sujet de la diffamation, John Pilger a déclaré lors du rassemblement l'année dernière à Sydney pour la libération Assange : « Je connais bien Julian. Je le considère comme un ami proche : une personne d'une résistance et d'un courage extraordinaires. J'ai vu un tsunami de mensonges et de calomnies l'engloutir, sans fin, avec vindicte, avec perfidie, et je sais pourquoi ils le calomnient. »
« En 2008, un plan pour détruire Wikileaks et Julian fut présenté dans un document secret daté du 8 mars 2008. Le document fut rédigé par la Cyber Counter-intelligence Assessment Branch du Département de la Défense des États-Unis (DoD). Il décrit en détail combien il était important de détruire, et je cite, 'le sentiment de confiance' qui est le 'centre de gravité' de Wikileaks. »
Au cours de la décennie qui a suivi, comme nous l'avons vu dans la première partie, fidèle au modus operandi du contre-espionnage, qui cherche à 'tirer parti' des connaissances sur les 'vulnérabilités' de l'adversaire, chaque vulnérabilité majeure du système humain pour traiter de la réalité a été employée et exploitée afin de salir Julian Assange et Wikileaks.
Dans ce cas, l'adversaire dans la ligne de mire US n'a pas seulement été Julian Assange et Wikileaks, mais les populations mondiales que Wikileaks cherche à informer. Ce sont nos propres vulnérabilités - les vulnérabilités du système d'information de tout être humain - qui ont été manipulées et exploitées afin de saper et discréditer Wikileaks.
En outre, la perception de la réalité humaine, comme je l'examinerai plus en détail dans un article ultérieur, est intrinsèquement fragile. Elle est mue par une série d'influences psychologiques inconscientes qui ne demandent qu'à être manipulées.
L'une de ces vulnérabilités, dont dépend l'ensemble de la campagne de diffamation d'Assange, touche à la « nature narrative » des prises de décisions chez les êtres humains. Si les êtres humains se perçoivent comme des penseurs rationnels qui analysent soigneusement les éléments à leur disposition de manière logique, la vérité est que nous sommes enclins à comprendre le monde, et en particulier le monde social, à travers des histoires.
Par exemple, plutôt que de parvenir à un verdict en pesant soigneusement les faits et les preuves, il a été constaté que les jurés décidaient de la culpabilité ou de l'innocence en élaborant des récits. Avec l'information qui leur est présentée au tribunal, ils créent des histoires tissées à partir de ce qui leur a été raconté.
L'histoire qui relie le plus facilement les éléments de preuves pour en faire un récit cohérent, conforme aux connaissances et à la vision du monde des jurés, deviendra la version qu'ils sont les plus disposés à accepter. Comment l'accusé y sera perçu déterminera les verdicts d'innocence ou de culpabilité.
Les chances de réussite d'une campagne de diffamation auprès de l'opinion publique, comme celle contre Julian Assange, dépendent de sa capacité à tisser un récit de culpabilité. La clé est de présenter la victime comme quelqu'un d'antipathique, d'antagoniste.
Les faits qui rompent la cohérence narrative et interfèrent avec un tel récit, comme le cas des 'gentils' qui placent une prime de 10 milliards de dollars sur la tête d'un journaliste, doivent être écartés. Il faut que la narrative occulte avec fluidité et cohérence les 'faits' clés d'une affaire pour influencer le verdict.
Comme l'a dit le professeur Piers Robinson, titulaire de la chaire de politique, société et journalisme politique à l'Université de Sheffield, dans une interview sur la propagande moderne, « l'omission - ce dont on ne parle pas - est l'un des principaux éléments de la propagande et de la manipulation des opinions publiques ».
Une tâche critique pour les propagandistes - comme ceux qui mènent une guerre psychologique contre Wilkileaks - est donc d'alimenter le public avec des données qui confirment le récit officiel et d'exclure tout ce qui va à son encontre. A cet égard, depuis sa création, la campagne de diffamation contre Julian Assange et Wikileaks a été remarquablement cohérente.
Les données omises dans le cas d'Assange ne sont pas seulement celles qui sapent, par des éléments factuels, le récit officiel (comme l'enquête suédoise et Russiagate), mais aussi tout ce qui pourrait donner à l'opinion publique occidentale des raisons de s'intéresser au sort de Julian Assange.
Si de telles informations étaient intégrées dans l'histoire officielle, le public risquerait de s'identifier à Assange. Ce dernier pourrait être perçu comme un simple protagoniste, dont le sort mérite notre attention. Et ça, c'est pas bon pour une campagne de diffamation, car les protagonistes sont difficiles à diffamer.
Cependant, le fait est que, que vous vous souciez ou non du sort de Julian Assange, il y a des raisons très importantes pour vous soucier du sort de Julian Assange. C'est pourquoi les grands médias ont travaillé dur pour ne pas vous donner envie de le faire.
A vous glacer le sang
Il était une fois le récit officiel selon lequel Assange s'était mis tout seul dans le pétrin en évitant de répondre à des questions de la justice suédoise sur des allégations d'agression sexuelle. Le message subliminal était « Il ne mérite pas votre sympathie ». Tout était de sa faute.
Une fois l'affaire suédoise classée, en 2017, le récit de 'l'évasion de la justice suédoise' a cédé la place au récit de 'l'évasion de la justice britannique'. D'après ce nouveau récit, Julian Assange se serait 'terré' à l'ambassade de l'Équateur pour échapper à un mandat d'arrêt britannique en raison de la concoction pseudo-légale d'une violation des conditions de sa liberté sous caution, elle-même liée à une enquête suédoise désormais close.
L'implication sous-jacente est toujours la même : Julian Assange s'est rendu lui-même coupable de son propre emprisonnement. Dans ce nouveau récit, il reste un fugitif, et non un journaliste qui a demandé l'asile contre une persécution des Etats-Unis.
Malgré leur inexactitude factuelle, ces récits ont survécu dans l'esprit de nombreuses personnes pendant des années, en grande partie grâce à une campagne concertée d'omissions, comme je vais l'expliquer.
Cependant, à la fin de l'année dernière, le ministère de la Justice (DoJ) a accidentellement confirmé ce que Wikileaks disait depuis au moins 2012 : que des charges secrètes attendent Julian Assange aux États-Unis s'il quittait l'ambassade équatorienne, très probablement pour des publications de 2010 relatives aux guerres en Irak et en Afghanistan.
En conséquence, le récit du 'fugitif de la justice britannique' a maintenant été abandonné. Il est évident que les Etats-Unis visent Julian Assange, et qu'ils le font avec acharnement. Mike Pompeo l'a admis dans son premier discours en tant que directeur de la CIA l'année dernière.
Pour sa part, l'Equateur fait de son mieux pour pousser Assange à quitter l'ambassade équatorienne, après l'avoir coupé du monde extérieur depuis mars 2018, en lui imposant un isolement effectif, dans un effort pour 'le briser psychologiquement' , selon l'ancien président équatorien Rafael Correa.
Les conditions imposées à Assange sont 'essentiellement le genre de techniques de torture [utilisées] dans les sites noirs, à Guantanamo et dans les prisons irakiennes', explique William Binney, ancien directeur technique de la NSA. 'C'est une technique que les psychologues ont développée avec la CIA afin que les victimes se sentent très isolées et qu'elles se retournent psychologiquement contre elles-mêmes.'
La santé physique et mentale d'Assange, telle que rapportée dans le British Medical Journal Opinion, fait l'objet d'attaques soutenues, équivalant à 'un traitement cruel, inhumain et dégradant', mettant peut-être sa vie en danger selon l'ONU.
Son traitement a été dénoncé non seulement par le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire et des parlementaires de l'UE, mais aussi par Human Rights Watch, Amnesty International, le Comité pour la protection des journalistes et l'American Civil Liberties Union (ACLU). La mère d'Assange, Christine Assange, a qualifié son traitement d''assassinat lent et cruel'. [notons au passage le silence de Reporters Sans Frontières - NdT]
Les récits officiels incitent le public occidental à l'indifférence. Bien que plus personne ne nie la détermination des États-Unis à s'en prendre à Julian Assange, quelque chose d'autre a été omis pour tenir à distance l'attention et les préoccupations de l'opinion publique.
Oui, il y a Russiagate, qui provoque de la colère face à la 'collusion', que j'analyserai plus loin comme une illusion collective. Mais Russiagate s'appuie sur une omission critique, sans laquelle ses prétentions à 'défendre la démocratie' s'effondreraient.
Quelle omission ? Qu'est-ce qui n'est pas inclus dans le récit officiel ?
Une omission essentielle pour maintenir le désintérêt du public envers Julian Assange (et maintenir son attention tournée vers Russiagate) concerne les implications juridiques plus larges si Assange devait être extradé et poursuivi en justice aux Etats Unis.
Quelles implications juridiques plus larges ?
Si des poursuites sont engagées aux États-Unis, Assange sera jugé soit en tant que conspirateur dans l'obtention de fuites, soit en vertu de la loi draconienne sur l'espionnage de 1917, adoptée pendant la Première Guerre mondiale dans le contexte de la première alerte rouge, lorsque 'des gens étaient littéralement jetés en prison simplement pour avoir envoyé une lettre à la rédaction d'un journal', explique American Civil Liberties Union (ACLU).
Et ?
Ainsi, bien que l'administration Trump semble vouloir emprunter cette voie juridique autoritaire, les gouvernements US précédents n'ont jamais franchi la ligne, par crainte de criminaliser le journalisme.
Le Département de Justice d'Obama, par exemple, aussi désireux que quiconque de fermer Wikileaks, a examiné de près la possibilité de poursuivre Assange pour avoir publié des documents classifiés, mais a conclu qu'il était impossible de le faire sans faire subir le même sort à d'autres journaux, comme The New York Times. L'administration Obama a appelé cela son 'problème du New York Times'.
James Goodale, ancien conseiller juridique en chef du New York Times, devenu célèbre pour les Pentagon Papers, aujourd'hui professeur adjoint à la Fordham Law School, qualifie les implications juridiques des poursuites contre Julian Assange comme 'à vous glacer le sang'.
Goodale a déclaré au Columbia Journalism Review que 'le plus grand défi pour la presse aujourd'hui est la menace de poursuites contre WikiLeaks, et c'est absolument effrayant... Si vous poursuivez WikiLeaks, vous poursuivez le Times. C'est la criminalisation de tout le processus.'
L'avocat général adjoint actuel du New York Times a fait à peu près la même remarque lorsqu'il s'est adressé à un groupe de juges en juillet de l'année dernière. Il a dit que 'la poursuite de [Assange] serait un très, très mauvais précédent pour les journaux... D'après ce que je sais, il est en quelque sorte dans la position d'un éditeur classique et je pense que la loi aurait beaucoup de mal à faire la distinction entre The New York Times et WikiLeaks.'
De même, le directeur exécutif de Human Rights Watch (HRW), Kenneth Roth, a tweeté en 2018, qu'il serait « profondément troublant si l'administration Trump, qui a montré peu de respect pour la liberté de la presse, inculpait Assange pour avoir reçu d'un fonctionnaire du gouvernement et publié des informations confidentielles - exactement ce que font tout le temps les journalistes. »
En bref, si Assange devait être poursuivi de cette manière transfrontalière, extraterritoriale et en créant un précédent, n'importe qui, n'importe où dans le monde, pourrait être arrêté pour avoir publié de l'information qui génerait les élites américaines, quelle que soit son exactitude ou sa véracité.
Malgré cela, ou à cause de cela, en 2017, en tant que procureur général de Trump, Jeff Sessions a déclaré que l'arrestation d'Assange était une 'priorité'. Interrogées sur les implications pour le journalisme en général, Sessions a refusé d'exclure la possibilité de poursuivre d'autres médias dans le sillage de Wikileaks.
L'ancien juge et avocat Bill Blum écrit : 'Aucune publication ne serait à l'abri de la vengeance et de l'emprise de l'administration. Les petites agences de presse indépendantes – pensez à Truthdig, The Intercept, The Nation et d'autres à gauche - seraient particulièrement vulnérables.'
Pour que les intentions des Etats-Unis soient claires comme de l'eau de roche, Mike Pompeo, dans son premier discours en tant que directeur de la CIA, a promis de s'en prendre aux 'valeurs de liberté d'expression' de Wikileaks, décrivant l'éditeur comme un 'service de renseignement non étatique hostile'. Pompéo a également confirmé que les États-Unis 'travaillent pour faire tomber' Wikileaks, en le mettant dans le même sac qu'Al-Qaïda.
Pompeo a ajouté que les 'ennemis' de sa CIA ne comprenaient pas seulement Wikileaks, mais aussi 'ceux qui accordent une plateforme' aux fuites de matériel. En d'autres termes : les éditeurs, journalistes, médias indépendants, sites web, blogueurs. Les groupes visés par Pompéo 'peuvent être petits', a dit Pompéo, mais ils représentent une 'nouvelle menace... et je suis sûr que cette administration les poursuivra avec une grande vigueur'.
Et l'administration les poursuit, avec l'aide d'un complexe médiatique bipartite, sans frontières, de renseignements militaires et de médias. La censure du ministère orwellien de la vérité et des campagnes de diffamation telles que PropOrNot ont été déployées, par exemple, par le biais du programme Integrity Initiative de l'Institute for Statecraft intitulée 'political smear unit' [unité de diffamation publique]et, plus récemment, avec NewsGuard, un outil de censure intégrable à votre navigateur web et permettant de filtrer les informations alternatives.
Newsguard s'efforce d'imposer son système de classement à toutes les utilisations d'Internet aux États-Unis, et s'est associé à Microsoft, qui prévoit d'intégrer NewsGuard dans tous ses produits.
Le 'conseil consultatif de l'outil de censure se lit comme la liste des membres d'un groupe de réflexion néoconservateur', écrit Caitlyn Johnstone, une journaliste indépendante et qui se définit comme telle. L'un des membres du conseil d'administration, par exemple, est un ancien sous-secrétaire d'État, qu'on peut voir ici en train de préconiser l'utilisation de la propagande contre les populations nationales. (La vidéo est vraiment révélatrice à 1m50).
At a Council on Foreign Relations forum about "fake news," former Editor at Time Magazine Richard Stengel directly states that he supports the use of propaganda on American citizens - then shuts the session down when challenged about how propaganda is used against the third world pic.twitter.com/ClAT5POv7G
— William Craddick (@williamcraddick) 11 mai 2018

