Commentaire d'un lecteur du Grand Soir à l'annonce du passage de relais de Viktor Dedaj, 29 mars 2026.
Il arrive un moment où il faut savoir tourner la page. Ce qui ne signifie pas oublier ce qui y était écrit.
Le 29 mars 2026, notre ami Viktor Dedaj annonçait qu'il passait la main au Grand Soir, dont il avait repris les rênes à la fin de 2007.
Près de vingt années pendant lesquelles il aura appliqué une devise qui lui ressemble bien :
« Il ne faut pas se prendre trop au sérieux mais il faut prendre ses combats très au sérieux. »
Parmi ses combats, il y eut celui pour Julian Assange.
Les lecteurs de Libérons Assange connaissent Viktor. Ses textes ont largement nourri ce site, et il fut aussi à nos côtés dans nombre de nos actions. Traducteur quand il le fallait, intervenant dans nos rencontres et projections, complice de John Shipton et ami fidèle : difficile pour nous d'évoquer ces années sans qu'il apparaisse quelque part.
Sous son dernier billet, un lecteur, Vincent, lui a laissé le commentaire reproduit ci-dessus. Nous l'avons trouvé particulièrement juste. Il y parle de transmission, de combat, d'espoir et de cet endroit rare où l'on peut entendre, comme chez Brel : « Non Jef, t'es pas tout seul… »
À notre tour, nous savons ce que signifie tourner une page.
Julian Assange est libéré. La mobilisation qui fut la raison d'être de ce site appartient désormais à l'histoire. Libérons Assange va donc progressivement devenir la mémoire de cette mobilisation.
Mais tourner la page ne signifie pas renoncer à ce qui nous l'a fait écrire.
L'affaire Assange nous aura rappelé pendant des années quelque chose de très simple : nous avons le droit de savoir. Le droit de connaître ce qui est fait en notre nom. Le droit pour ceux qui détiennent des informations d'intérêt public de pouvoir les transmettre. Le droit pour les journalistes et les éditeurs de les porter à notre connaissance.
Julian est libéré, mais ces questions, elles, n'ont pas disparu.
D'autres lanceurs d'alerte, journalistes, éditeurs et citoyens continueront à avoir besoin que l'on refuse de regarder ailleurs. Les combats changent de forme et parfois de visages ; les principes qui les rendent nécessaires demeurent.
Alors oui, Viktor : tu peux tourner ta page.
Nous allons bientôt tourner la nôtre.
Mais le livre reste ouvert.
Et, puisque nous parlons de transmission, nous emprunterons encore une fois tes mots :
Ne nous prenons pas trop au sérieux, mais continuons à prendre nos combats très au sérieux.

